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shandipur

Naissance De Yana

7 posts in this topic

A toi, Yana.

J’ai envie de conter ici la grande aventure que fut pour moi ta naissance.

Nous étions depuis longtemps conscients de l’importance qu’est ce moment de la naissance. Pour Gaïa et Martin, nous avions longuement recherché un endroit où nous sentions que nos désirs, nos envies, nos choix puissent être écoutés. Lorsque tu es apparue dans notre vie, j’ai su que pour toi, cet endroit serait notre maison. Pendant toute la grossesse de Violette, j’ai cheminé avec cette conviction qui me fascinait, m’exaltait et qui parfois m’effrayait aussi. Ce chemin de la naissance à la maison a été emprunté par tant de personnes par le passé, mais il est redevenu sauvage et sa trace a presque disparu pour moi. J’ai souvent eu la sensation de devoir faire le grand écart au dessus de ma génération et de celle de mes parents pour me reconnecter à la naissance de mes grands parents et des centaines de générations avant eux. :o

Devant des interrogations, j’ai cherché à me rassurer dans des livres médicaux spécialisés, sans succès. Un matin du mois d’avril, je me suis réveillé avec la conviction intime que tu nous avais choisi entre autres parce que nous avions prévu cette naissance à la maison et que c’est ce qu’il y avait de mieux pour toi. J’ai senti très profondément que tu jouais une part très active dans le processus et que tu ferais de ton mieux pour que tout se passe facilement. Mes peurs te concernant se sont alors dissipées comme le soleil dissipe la brume et tout est devenu très clair. Je n’ai plus du tout craint pour ta vie.

Fin juin, début juillet, j’ai pu parler avec difficulté avec Violette des peurs que j’avais pour sa vie à elle. C’était très difficile pour moi d’exprimer cela parce que je ne voulais pas « en rajouter », après tout, ce n’est pas moi qui accouchait ! J’étais hanté par l’image gravée dans notre inconscient collectif de la femme qui meurt d’une hémorragie de la délivrance. Après avoir beaucoup parlé ensemble et lu, j’ai compris que ce genre de drame, dont la société garde si facilement la trace indélébile comparé aux milliers de naissances heureuses, avait pour origine soit des antécédents médicaux, soit une grossesse pathologique, soit un interventionnisme excessif au moment de la délivrance. Nous ne rentrions dans aucune de ces catégories et l’image cauchemardesque s’est transformée pour moi en risque minime acceptable. Le chemin était alors dégagé. La voie était libre.

Ce matin de juillet, se levant, Violette me dit qu’elle a perdu un peu de liquide amniotique pendant la nuit, et qu’elle a des contractions régulières. Je suis très heureux de savoir que tu arrives, un peu impatient même. La journée se déroule assez calmement, Violette continue à avoir des contractions qui se rapprochent. Dans le milieu de l’après midi, nous rentrons par la fenêtre de notre chambre (nous vivons dans une ancienne ferme de plein pied) la cuve de 1000 litres que nous avons prévu. Tout se déroule lentement, je suis assez apaisé. J’appréhendais en effet de devoir gérer un certain nombre d’aspects matériels dans la précipitation. En fin d’après midi, Violette prend un bain chaud pendant que je prépare le repas pour Gaïa et Martin. Nous mangeons tous les trois. Vers 19h30 Violette sort du bain et commence à marcher à travers la maison et le jardin. Il fait bon dehors, pas trop chaud, c’est agréable, les portes sont ouvertes. Violette peut se mobiliser comme elle en a envie.

Je couche les enfants, Martin décide de dormir dans la pièce du fond de la maison, Gaïa dans son lit. Violette continue à se déplacer pendant que je déroule le tuyau d’arrosage à travers la maison et que je fais le branchement sur la douche.

Vers 21h30, Violette me dit que la douleur commence à être très forte et qu’elle a envie d’aller dans l’eau. Je commence alors le remplissage de la cuve ; le soir tombe, l’énergie est différente, il commence à faire plus sombre. Je remplis 200 litres d’eau chaude d’une seule traite en essayant de surveiller la température avec un thermomètre médical. Ce n’est pas facile, il n’y a pas encore beaucoup d’eau, il y a peu de lumière et le thermomètre est tout petit. Violette rentre dans la cuve, elles est soulagée de pouvoir se déplacer plus facilement et se positionner à son envie. L’eau est un peu en dessous de 38°, température que je cherche à ne pas dépasser. Nous décidons de continuer le remplissage, par paliers de cinq minutes. Entre 500 et 600 litres, Violette me dit que c’est suffisant. Ce remplissage m’a pris pas mal d’énergie, je me sens partagé entre des soucis matériels (la chaudière s’est éteinte à un moment, et j’ai dû rallumer la veilleuse avec un chalumeau) et le processus très subtil qui se déroule maintenant.

Violette commence à faire de fortes vocalises. Elle me demande de vérifier comment vont les enfants. Martin dort à poings fermés :dort:, Gaïa, elle, lit dans son lit. Gaïa a sept ans. En parlant un peu avec elle, nous comprenons que ça lui fait peur d’entendre sa maman crier. Sachant cela, Violette se sent moins libre de s’exprimer comme elle le voudrait. Nous en parlons tous les trois entre deux contractions et Violette explique à Gaïa que ça l’aide de pouvoir crier. Nous décidons ensemble que Gaïa aille dormir dans sa cabane, dehors, comme elle le fait parfois depuis quelques semaines. En l’aidant à « déménager » je m’aperçois que la fenêtre de la chambre des enfants est grande ouverte. En la fermant, je me demande si nous n’avons pas déjà ameuté les voisins. Il est environ 22h30.

Je reviens dans notre chambre et à ce moment là, Violette me dit qu’elle n’a plus du tout envie que je quitte la pièce. Elle continue de faire des vocalises en cherchant une position qui lui convient, sans vraiment la trouver ais-je l’impression. Pour la naissance de Gaïa, à la maternité de Pithiviers qui offre aussi la possibilité d’un travail dans l’eau, Violette avait trouvé un rythme et une position à prendre pendant les contractions qui l’avaient nettement soulagé. Là c’est différent, je sens que Violette est soulagée mais pas apaisée comme à Pithiviers. Violette verbalise beaucoup de choses. Je sens que tout va bien. Je me sens en sécurité dans notre chambre, et je sens que Violette et toi êtes en sécurité aussi. Cela me fait du bien de nous savoir tous là. Les contractions et les vocalises continuent, en rythme. A un moment, en cherchant une position, Violette se relève complètement. Une contraction passe, en silence. Elle hésite quelques instants, puis décide de sortir de l’eau. Elle vient alors sur le lit en se calant sur des oreillers et traversins. Il doit être entre 23h15 et 23h30. Après plusieurs contractions sur le lit, Violette me dit qu’elle à très envie de téléphoner à une amie, Marie, qui a elle aussi accouché à la maison. Marie habite à une heure de voiture de chez nous.

Notre téléphone sans fil est tombé en panne quelques jours auparavant et nous devons nous déplacer dans le séjour pour téléphoner. Dehors, un orage s’abat sur le village, je ne suis pas très rassuré de téléphoner, mais tant pis pour cette fois ! Je compose le numéro une première fois, au bout de six sonneries, je tombe sur le répondeur.. Je raccroche, essaie à nouveau, rien. « Ils ne sont pas là ». Je suis un peu désemparé… Nous ne sommes pas très bien installés, le carrelage est froid, je ne me sens pas très à l’aise dans le séjour.

Le téléphone sonne alors. C’est Marie qui a du se réveiller et se douter que c’est nous qui cherchions à la joindre à cette heure là. Violette s’assied alors sur le petit bureau en bois de Martin. Elle lui parle et est très heureuse qu’elle ait rappelé. Elle a froid. Je vais lui chercher son peignoir et une serviette de bain comme nous sommes pieds nus. Violette pose sa tête contre moi et entre chaque contraction parle à Marie. La conversation a un caractère complètement irréel. Je ne sais pas comment Marie vit cela à 100km d’ici. Au bout d’une vingtaine de minutes, Violette ne ressent plus le besoin de parler entre les contractions, elle le dit à Marie et nous raccrochons. Très peu de temps après, le programmateur du tableau électrique coupe l’électricité dans les pièces de séjour et les chambres, comme toutes les nuits. Je n’y pensais plus du tout, et c’est assez malvenu, je maudis quelque peu le dispositif :huh: . Nous sommes plongés dans le noir, les deux lampes à sel son éteintes. Violette a alors une poussée assez forte et me dit « il est là, il arrive !» Je m’agenouille, mais je ne vois rien, il fait complètement noir… A cet instant, Gaïa rentre dans le salon et me dit « Papa, il n’y a plus de lumière, je ne peux plus lire ! ». Dans mon esprit, l’image de Gaïa en train de rétablir le courant se forme un instant puis disparaît tout de suite : elle ne peut pas atteindre le contacteur qui est à deux mètres du sol. Violette a alors une nouvelle poussée très forte, elle me lache la taille et porte ses mains entre ses jambes en me disant que la tête sort. Nous sommes à un endroit imprévu et dans une position inconfortable, j’ai vraiment besoin d’un peu de lumière. Je profite du fait que Violette soit concentrée sur toi pour rétablir l’électricité. Je demande en même temps à Gaïa de ramener de notre chambre une serviette de bain supplémentaire. Tout cela ne prend que quelques secondes. A cet instant, Violette a une nouvelle forte poussée et je comprends que tu va sortir. Tout se passe très vite. A ma grande surprise, tu sors d’un seul coup contrairement à ton frère et à ta sœur. Je te rattrape, décontenancé par le fait que tu sois si glissante. Violette est toujours debout. Tu es toute rose et avant même que je te remette la tête en haut, tu craches et tousses un peu. Violette te prend dans ses bras, le cordon fait un tour autour de ton petit pied, je le défais. Tu respires très bien, régulièrement, en étant un petit peu encombrée quand même.

Violette s’assied et me dit qu’elle veut prévenir Marie. Nous l’appelons, Violette lui dit « Le bébé est né, il va bien ».

Je vais chercher Martin dans son lit, il avait demandé à être levé à la naissance. Je l’emmène dans mes bras dans le salon, en regardant l’heure au passage : 00h02. Il ouvre des yeux endormis quelques secondes puis les referme. Nous décidons de le recoucher.

Violette me dit qu’elle se sent mal, qu’elle a besoin de s’allonger. Je lui propose de ramener un matelas dans le salon pour faire un lit de fortune ou de lui rapprocher la canapé. Je ne sais pas si elle se sent capable de rejoindre la chambre à pied.

Elle me dit qu’elle a envie de s’allonger dans notre lit. Nous traversons les quelques mètres qui nous séparent de notre chambre tant bien que mal. Gaïa nous suit, et nous nous mettons tous les quatre au lit.

S’ensuivent alors des minutes très paisibles où nous échangeons alors très peu de paroles :group: . A un moment, je propose à Violette de regarder si tu es un garçon ou une fille. Je soulève délicatement la couette et je crois distinguer des testicules dans la pénombre. Je dis à Violette « je crois que c’est un garçon » « tu es sûr ?» « non ». Je prends alors la lampe de poche pour une inspection plus minutieuse et je me rends compte que tu es une fille, ce qui confirme notre intuition à tous les quatre. Gaïa est très contente : « une petite sœur ! ». Nous restons ensemble dans le lit avec toi. Tu as trouvé le sein et tu têtes. Des instants très précieux passent doucement, hors du temps.

Vers 1h15, je me lève. Je demande à Violette des nouvelles du placenta, il n’est pas encore sorti mais Violette a des contractions régulières, ce qui est bon signe. Je fais un peu de rangement sommaire et je m’aperçois à ce moment d’une légère fuite au niveau du tuyau de vidange de la cuve. Je n’ose pas laisser les 500 litres d’eau au dessus du parquet à la merci de mon bricolage incertain jusqu’au lendemain. Je dis à Gaïa que j’ai prévu de vider la cuve et je lui demande si elle a envie de se baigner. Elle est ravie et monte dedans pour nager et jouer. Après tout, ça a l’air agréable, je décide d’en profite aussi !

Un quart d’heure après je m’apprête à la vidanger. Après différents essais, je me rends compte que le tuyau est un peu court et je vais chercher un bambou que nous traînons de déménagement en déménagement (ramené d’Inde il y a plus de dix ans !) et qui trouve pour la première fois son utilité ! Les diamètres sont identiques, mais la jonction ne tient pas sous la pression, je dois tenir le tout à la main pendant une dizaine de minutes, dehors sous la pluie battante de l’orage. Après la quiétude du lit et du bain, c’est la douche froide !

En rentrant dans la chambre, je me rends compte que le bricolage a mal tenu et qu’une dizaine de litres d’eau se sont déversés sous la bâche, sur le plancher :surpris:. J’ouvre alors la fenêtre en grand et tout ce qui ne sert plus dans la chambre passe par celle ci en quatrième vitesse. Je sors la cuve tant bien que mal et je passe le balai éponge sur le parquet qui semble avoir survécu au déluge.

Il est 2h00. Après tout ce rangement précipité, je requestionne Violette au sujet du placenta. Je n’envisage pas de me coucher avant qu’il ne soit sorti. C’est à ce moment que Violette me dit « il est en train de sortir ! » ; comme par enchantement. Je le prends alors pour le mettre dans un petit bac que nous avions prévu pour cela. Nous n’avons pas envie de te réveiller pour couper le cordon, et Martin a très envie de voir ce que c’est qu’un cordon, comme il n’a aucune photo de lui avec son cordon. Nous décidons alors de le couper au niveau du placenta, je préfère faire un petit nœud avec du fil à coudre. Je coupe le cordon et j’emmène le placenta au frigo. Je termine le rangement et je me couche pour quelques heures.

Voilà. Au petit matin, nous t’avons longuement regardé t’éveiller et nous avons décidé de t’appeler Yana. Alors Yana, ta naissance a été pour moi aussi une naissance à quelque chose. Je ne sais pas encore trop quoi. Quand je te regarde, je sais au fond de moi que cette belle aventure tu l’as choisi aussi. Je sais que tu es heureuse et que l’empreinte en toi de cette naissance ne sera pas un fardeau qui hantera tes nuits, mais une grande richesse à partir de laquelle pourront grandir tes racines. Merci Yana pour cette aventure qui commence, merci pour tout ce que tu m’as déjà apporté.

Je t’aime très fort :heart: .

Ton Papa, Elie.

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Votre témoignage est très émouvant. Bienvenue à Yana et grand bonheur à vous cinq.

Clara

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oh la la, j'en ai les larmes aux yeux, bien sur; merci de ce temoignage, c'ets super de faire partager ca, le fait que la naissance est une belle chose, familiale, intime...plus on sera nombreux a savoir ca, moins il y aura ""l'accouchement que j'ai vecu "etriers forceps episio etc"

bises a vous tous, et un special a la maman

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C'est trés beau !! et je suis contente que vous ayez fais attention de ne pas traumatiser votre fille avec les cris de sa maman, car les enfants ne comprennent pas toujours que ça aide!!!!!! à cette age là une naissance doit etre joie et non souffrance surtout quand c'est leur maman! :)

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Ohhhh! comme c'est mignon, je suis toute ému d'avoir pu partager ce moment d'intimité avec vous. Les larmes aux yeux comme tout le monde je coirs, merci pour cette si belle émotion, bravo à vous, à la maman aussi, bienvenue à Yana.

J'éspere avoir la chance de pouvoir le vivre aussi un jour

Good luke :feuille:

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Merci à vous deux,

c'est un très beau témoignage, plein de sincérité; je retrouve pas mal de sentiments que Samuel et moi avons ressenti lors de l'accouchement de Pema. (par rapport à l'inutilité de la présence d'une sage-femme, la volonté d'assumer notre "folie", cette c...) en tout cas ce sont des récits comme les vôtres qui m'ont mise sur le chemin de la naissance à domicile et j'espère bien que ca inspirera et redonnera confiance à d'autres couples. Aussi je trouve très bien de parler de la douleur de l'accouchement, car lors de la naissance de Pema j'ai été terriblement surprise de la douleur et pendant un temps j'en ai voulu aux amies qui m'avaient "caché" que ca pouvait faire aussi mal !!! :furious:

Puis en fait après la naissance, j'ai compris que la joie de la venue de l'enfant peut facilement faire oublier ces désagréments, toutefois je trouve que c'est important de transmettre l'expérience de la naissance dans sa totalité et ne pas tenter de l'enjoliver. Pendant ma grossesse j'ai été en contact avec un couple espagnol qui ont un site (en anglais, mais eux peuvent communiquer en français) qui m'a apporté beaucoup de réconfort.

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